On ne peut pas avoir un avis éclairé sur tout, tout simplement parce qu’on ne peut pas être expert en tout – et c’est bien normal, nous ne sommes que des êtres humains après tout. Alors admettons-le : notre avis, s’il n’est basé que sur de vagues impressions ou sur la simple répétition de discours qu’on a entendus ailleurs mais que fondamentalement on ne comprend pas (il y a un joli mot pour décrire ceci : le psittacisme), n’intéresse pas grand’monde. Une réflexion argumentée si, un « bête » avis, non.

Il est important de distinguer un débat d’idées et un débat sur les faits. Dans le cas d’un débat d’opinion concernant la morale, les décisions politiques, etc., les points de vue sont forcément subjectifs et le débat a lieu d’être, c’est la base de la démocratie. Encore faut-il pouvoir argumenter son opinion. Avoir un avis c’est bien, mais encore faut-il savoir expliquer comment on en est arrivé à cette conclusion (et rester ouvert : il se peut qu’on puisse changer d’avis!). Il en va différemment avec un débat sur les faits : là, on est dans l’ordre de l’objectivité, le seul débat qu’il peut y avoir c’est concernant leur interprétation. Attention à ne pas surestimer son avis est croire qu’il équivaut à celui de quelqu’un qui maîtrise mieux le sujet. Il y a trop de relativisme sur les réseaux sociaux, où la parole des profanes (la majorité des gens) est présentée comme égale à celle des experts, tout simplement parce qu’il n’y a pas hiérarchisation de la qualité de l’information qui est partagée, ce qui est dû au principe même des réseaux sociaux.

Non, on n’est pas obligés de prendre position sur toutes les polémiques du moment : sortons de ce clivage « moi je suis pour – « moi je suis contre ». Une troisième option possible est ne pas avoir d’avis, de suspendre son jugement, ne fût-ce que temporairement, le temps d’en savoir plus.

Et si on apprenait, ensemble, à se demander si ce qu’on va dire est vraiment intéressant et fera avancer le schmilblick? Si on pouvait tous s’y mettre, ça permettrait de réduire le bruit, sur les réseaux sociaux et dans la vie, et ça nous permettrait non seulement d’être davantage à l’écoute des autres mais aussi d’avoir du temps à consacrer à des choses plus enrichissantes pour tout le monde (ou rigolotes :D).

 

Un avis est par définition personnel, comme vos fiches de paie ou votre urine. Et qu’il ne s’agit pas d’un truc universellement sympa qui fait plaisir à tout le monde, comme un chaton. Avant d’émettre un avis, il est donc conseillé de se demander s’il peut être utile à son récepteur. Si la réponse est non, mieux vaut s’abstenir (…). Cette théorie n’est pas de moi, elle est d’Umberto Eco (…). Dans le quotidien Il Messaggero, il explique : « Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu’aujourd’hui ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. C’est l’invasion des imbéciles. » Internet a ainsi réduit la portée de la parole du scientifique et du spécialiste pour la mettre au même niveau que celle du profane – soit votre voisin de palier, celui qui trouve sympa d’aller chez Ikea le samedi après-midi pour acheter des bougies chauffe-plat.

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